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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 08:53

Je n'aime pas les saucisses.

"Toutes les bonnes choses ont une fin, seule la saucisse en a deux ..."

Je venais de commencer "Le fabuleux destin d'une vache qui ne voulait pas finir en steak haché" de David Safier, quand page 45 je tombe sur cette phrase prononcée par Giacomo, chat italien, un des protagonistes de ce roman picaresque et bovin.  

La violence et le sacré.

Cette phrase sublime m'interpelle immédiatement.

Parce que je n'aime pas les saucisses.

Ni même les "bonnes saucisses" comme me disent souvent des amis qui tiennent absolument à me faire déguster cette viande hachée et grasse, dont la vue me dégoute, l'odeur me répugne et le goût m'indispose au point d'avoir à l'âge de 10 ans voulu me convertir à l'islam quand j'ai vu à la cantine où l'on m'avait servi une grosse saucisse bien juteuse sur une purée liquide, et que mon copain Rabah assis à table en face de moi, avait dans son assiette une magnifique omelette. Je lui ai demandé qu'est-ce qui lui valait ce privilège, et il m'a juste répondu: "Moi, je suis musulman." J'ai immédiatement  compris la supériorité de l'islam sur le christianisme. Si on était musulman on ne mangeait pas de saucisse ! Cette condition m'a semblé suffisante pour me convertir.

Et puis vous savez ce que c'est, le temps passe, les parents ne prennent pas les projets mystico-charcutiers de leur gamin de 10 ans au sérieux, et voilà comment l'islam rate un nouveau fidèle. Mais nom de Zeus, j'espère que Dieu, quel qu'il soit, me pardonnera.

La violence et le sacré.
La violence et le sacré.
La violence et le sacré.
La violence et le sacré.

Alors mes amis, s'il vous plait, ne me faites pas violence en m'imposant vos saucisses. Merci.

René Girard aimait-il les saucisses ?

"Faire violence au violent, c'est se laisser contaminer par sa violence"

"Nous nous imaginons toujours que la différence entre le primitif (1) et le civilisé consiste en une certaine impuissance du primitif à identifier le coupable et à respecter le principe de culpabilité. C'est sur ce point que nous nous mystifions nous-mêmes. Si le primitif paraît se détourner du coupable, avec une obstination qui passe à nos yeux pour de la stupidité ou de la perversité, c'est parce qu'il redoute de nourrir la vengeance.

Si notre système nous paraît plus rationnel c'est, en vérité, parce qu'il est plus strictement conforme à la vengeance."

Les textes ci-dessus sont tirés du premier livre de René Girard que j'ai lu en 1972: "La violence et le sacré".  

Depuis, j'ai continué à suivre la pensée de cet historien, philosophe, professeur de littérature comparée à l'université californienne de Stanford ... et peu reconnu en France par les milieux universitaires. Il n'a été élu à l'Académie française qu'en 2005 à 82 ans. Il était temps !

 

La violence et le sacré.

René Girard est né à Avignon. Il est mort le 4 novembre aux Etats-Unis où il était installé depuis 1947.

J'avais une profonde admiration pour cet homme, tant pour sa grande culture et sa pensée, que pour le personnage lui même.

Je l'ai rencontré en 1991 au cours d'un colloque et j'ai eu l'occasion de discuter avec lui quelques minutes. Je lui ai parlé des ouvrages que j'avais lu de lui et de l'éclairage nouveau que sa thèse sur "la rivalité mimétique" avait donné à mon approche des sciences humaines.

A la fin de notre conversation il me serre la main et me dit:

"Je suis ravi de vous avoir rencontré."

J'éclate de rire et lui répond: "Non, c'est plutôt moi qui suis ravi de vous avoir rencontré !"

Et il insiste poliment en m'affirmant qu'il est toujours heureux de discuter avec ses lecteurs et que ces discussions sont pour lui très enrichissantes.

Voilà, les saucisses me restent sur l'estomac, et le départ de René Girard me reste sur le coeur.

Les médias ne nous ont pas parlé de sa disparition. C'était sans doute pour ne pas nous faire trop de peine ?

 

Correspondance:  aristogenes@aliceadsl.fr

 

(1) Le mot "primitif" chez Girard est employé dans le sens étymologique, c'es à dire "celui qui vient en premier" Il n'a rien de péjoratif.

 

Plus facile à lire que les oeuvres de René Girard, les bouquins de David Safier. Avant "Le fabuleux destin d'une vache  ... " j'avais déjà lu, "Maudit karma" et "Jésus m'aime". C'est délirant mais de temps en temps ça fait du bien, ça aide à digérer toutes les saucisses qu'on cherche à nous faire avaler.

 

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