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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 07:55

De la félicité d'être esclave.

 

 

"C'est le peuple qui s'asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix d'être serf ou d'être libre, quitte la franchise et prend le joug, qui consent à son mal, ou plutôt le pourchasse."

Etienne de La Boétie - "Discours de la servitude volontaire".

 

Quelque chose me dit qu'on pourrait remplacer la belle Jeanne-Emilie Baheux de Puysieux (ou Puyssieux?)  (1) en symbole de la liberté éclairant le monde à l'entrée du port de New York par une statue d'Aristogènes brandissant un verre de Pessac-Léognan dont la lumière rouge qui en jaillirait serait un symbole de l'illumination de l'esprit humain par l'esprit de la vigne.

Car en réalité, l'homme recherche-t-il vraiment la liberté, ou lui préfère-t-il l'esclavage ? A priori la question semble saugrenue.

Cependant la simple observation du monde contemporain et la lecture de La Boétie ou de Geoge Orwell ("La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force.") peuvent nous amener à reconsidérer la question.

Liebniz, Sartre et les autres.

Après une visite de la "Maison de la Canne" aux Trois-Îlets en Martinique, on ne se pose pas la question de savoir si "la liberté c'est l'esclavage" (ou si l'esclavage c'est la liberté). Le cadre est plus riant que celui de la colline de Buchenwald, mais on sort quand même de ce lieu de mémoire en se posant quelques questions sur la nature humaine.

http://www.esclavage-memoire.com/lieux-de-memoire/maison-de-la-canne-aux-trois-ilets-martinique-22.html

Si pour le maître, le fait de réduire certains de ses contemporains à l'esclavage peut s'expliquer par le désir d'une plus grande richesse, de plus de gloire, de briller au sein de sa propre société, par le mépris de celui qui a une autre couleur de peau,... tout ceci ajouté sans doute à beaucoup d'ignorance, de bêtise, d'absence de réflexion, de manque de compassion, en un mot "d'humanité" (si j'ose dire), il me semble bien difficile de comprendre la façon de penser de ces esclavagistes. On peut donc légitimement se demander pourquoi quelqu'un de libre pourrait désirer être esclave ?

 

"Le peuple s'asservit lui même" ?  Tu déconnes La Boétie ?

Et pourtant La Boétie ou Orwell ne déconnent pas.

Quel avantage l'homme (2) libre a-t-il sur l'esclave ?

L'homme libre peut choisir !

 

Liebniz, Sartre et les autres.
Liebniz, Sartre et les autres.
Liebniz, Sartre et les autres.

Mais il peut arriver qu'en usant sans grand discernement de sa liberté l'homme se mette en état de dépendance vis à vis d'une passion et qu'il ne soit de ce fait plus en capacité de choisir.

N'était-ce pas (peut-être de manière plus ou moins inconsciente) le but recherché ? On peut trouver confortable de se laisser guider, sans réfléchir ?

 

Autre approche de la question:

Liebniz (1646 - 1716) et Sartre (1905 - 1980).

Pour Leibniz "l'essence" (= ce que la chose est, ou ce que l'homme est) est prédéterminée par Dieu. Cette prédétermination de l'homme par Dieu réduit le champs des choix possibles qui lui sont laissés.

Pour Sartre, l'homme a le pouvoir de se transformer indéfiniment. Donc chaque homme réalise lui même sa propre "essence", d'où la célèbre formule de Sartre: "l'homme est condamné à être libre".

"Être libre" ne veut pas dire"obtenir tout ce que l'on souhaite tout de suite", mais plutôt, "pouvoir déterminer par soi même ce que l'on souhaite".

Vous suivez ? Bon, ne râlez pas, je vous ai laissé reposer les neurones depuis le mois de janvier !

OK, je vous fais un dessin !

 

Liebniz, Sartre et les autres.
Liebniz, Sartre et les autres.
Liebniz, Sartre et les autres.

Donc, choisir, est faire un acte fondamentalement humain, mais qui peut être générateur d'angoisse, surtout si notre éducation nous conditionne dès le plus jeune âge à obéir plus qu'à réfléchir, et si la société actuelle cherche beaucoup plus à nous divertir qu'à nous avertir. ("Divertir" voulant dire étymologiquement "détourner l'attention", ce qui est le contraire d'"avertir".  Notion déjà abordée dans un ancien article)

 La Boétie déjà condamne les « drogueries » : « Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie. »

Mon pauvre Etienne, si tu revenais, tu verrais les progrès réalisés au XXIème siècle. A ton époque, la crétinisation des masses était artisanale. Aujourd'hui avec la télé, les jeux vidéo, les portables, le foot, ... même les gens "défavorisés" (il n'y a plus de pauvres, de gueux, de miséreux, de clodos, mais des gens défavorisés - au pire, des SDF - au XXIème siècle) ont droit aux espaces de rêve anesthésiant. Magnifique !

Et puis sur le plan politique, c'est comme à ton époque Etienne. Même si la démocratie à remplacé la monarchie de droit divin, le peuple se dégage de ses responsabilités en allant voter pour des candidats qui une fois élus se montrent incapables de résoudre les problèmes pour lesquels ils ont justement été élus. Les citoyens (qui ont remplacé "les sujets") râlent, maudissent ces incapables de politiques, manifestent parfois dans les rues ... et votent à nouveau aux élections suivantes ! Jean Jacques Rousseau avait bien raison d'écrire que la démocratie représentative ne présentait aucun danger pour les catégories dirigeantes du monde.( Quand le peuple anglais a voté,"il n'est plus libre, il n'est plus" - Du Contrat Social - ). 

Enfin, la démocratie représentative a un avantage indiscutable pour les citoyens; elle leur permet de se décharger de leur pouvoir politique sur des professionnels qu'ils peuvent ensuite critiquer en sirotant une bierrotte devant un match du PSG. C'est ça le modernisme Etienne !

Dans le fond rien n'a profondément changé depuis ton époque. Juste sur le plan religieux: maintenant ce ne sont plus les protestants qu'il faut massacrer pour que tout aille bien, mais après les juifs il y a un siècle, aujourd'hui ce sont les musulmans qui font des boucs émissaires acceptables pour une partie des citoyens.


 

Liebniz, Sartre et les autres.
Liebniz, Sartre et les autres.
Liebniz, Sartre et les autres.

Conclusion (toujours provisoire): l'HOMO CONTEMPORIANUS (en latin d'Aristogènes) semble en permanence clamer son désir de liberté c'est à dire d'être libre de ses choix, et en même temps se met tout seul  en situation de dépendance tant sur le plan individuel que sur le plan social.

Bon, enfin moi ce que j'en dis, ... c'est juste de la philosophie de bistrot.

A plus tard.

 

Correspondance : aristogenes@aliceadsl.fr

(1) Jeanne-Emilie Baheux de Puysieux était l'épouse du sculpteur Bartholdi et aurait servi de modèle à la statue de la liberté. Mais pour d'autres spécialistes c'est Charlotte Bartholdi, la mère de l'artiste, et d'après les recherches récentes de Nathalie Salmon, c'est Sarah Salmon, une jeune New Yorkaise (dont elle est l'arrière-arrière petite nièce) qui aurait été l'inspiratrice ! Ah, la vie n'est pas simple !

(2) "Homme" étant bien entendu pris dans le sens d'être humain.

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