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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 18:00

Peut on rire de tout ?


Un peu d'histoire.
En août 1745  François Boulaye de Bernoye  capitaine corsaire né en pays toulousain, embarqué quelques années plus tôt sur un navire bordelais, commandait un cotre le "Bille Audel"(1), armé de 12 canons et servi par un équipage de 21 hommes, "Frères de la Côte" qui avaient  bourlingué sur toutes les mers du monde et s'étaient sortis des coups de tabac, tant sur l'eau dans les tempêtes et les abordages de bâtiments anglais, qu'à terre, dans les tavernes, de Saint Malo à  l'île de la Tortue.

C'est justement suite à une violente tempête de mousson qu'il mouilla l'ancre ce vendredi 10 août vers midi sur un îlot de l'Océan Indien dont la position n'était pas mentionnée sur sa carte marine, quelque part entre Madagascar et l'île de Ceylan.
Ayant découvert une anse abritée sur la côte sous le vent, François Boulaye s'y réfugia dans l'attente d'un temps plus clément pour reprendre sa route vers l'île Bourbon où il devait échanger sa cargaison de toiles de Madras contre quelques jeunes et beaux esclaves qu'il projetait de revendre avec un bénéfice substantiel à un négociant arabe de sa connaissance dans le port de Zanzibar. 

Profitant de cette escale improvisée, il fait mettre un chaloupe à la mer pour aller explorer l'île et y faire si possible le plein d'eau douce et de fruits sauvages frais. Il choisit pour tirer sur les avirons, Guilhem quartier maître et géographe, Adrien le premier canonnier, le mousse  Basilou  et enfin  "Cotelette" le coq (2) du navire qui n'avait pas son pareil pour préparer le cassoulet, plat carminatif (3) par excellence, mais dont les inconvénients pour le voisinage sont vite dissipés en pleine mer surtout en période de vents de mousson.
Pendant que ses quatre compagnons ramaient, François, en bon capitaine se tenait fièrement debout à la proue. Bravant le gros temps et la pluie cinglante, il donnait la cadence et dirigeait la manoeuvre.  

La marée était basse. François donna donc l'ordre au jeune Basilou de tirer l'ancre jusqu'à la laisse de haute mer, marquée par la présence de bois morts flottés, de coquillages aux formes variées et de quelques galets, le tout accumulé dans un ruban d'algues sèches et odoriférantes dans lesquelles batiffolaient des milliers d'insectes sauteurs, dépôt qui sur le haut de la plage, marque le niveau maximal de la haute mer.
- Regardez capitaine !  cria Basilou alors qu'il venait de planter les crocs de l'ancre au milieu des algues.
- C'est un demi shilling d'argent de 1715  dit simplement François en empochant la pièce polie par le ressac des vagues chargées de sable fin.

Une éclaircie permit alors aux marins de distinguer un peu mieux le paysage du fond de l'anse. La plage était bordée de cocotiers dont les longs fûts penchaient vers la mer. A peu près       au centre, une clairière laissait apercevoir le départ d'une vallée étroite et encaissée, une sorte de canyon qui semblait monter vers un col que l'on commençait à distinguer à mesure que les nuages et la brume étaient chassées par le vent qui continuait à souffler puissamment. 
La petite équipe se dirigea donc vers  cette trouée dans la luxuriance de la végétation tropicale . Tout en haut de la plage, juste à l'entrée du canyon, un amas de planches, de poutres de vieux cordages et quelques restes de toile de voile en lambeaux laissaient deviner l'épave d'un radeau qui  avec  son pauvre équipage avait terminé ici son errance sur l'océan déchaîné  bien des années plus tôt.

Le canyon faisait environ trois quart de lieue de long et montait jusqu'à un col d'où l'on pouvait voir, maintenant que le ciel avait retrouvé sa pureté,  toute la baie au milieu de laquelle était mouillé le "Bille Audel". Guilhem en bon géographe, observateur du paysage, fit la remarque que cette vallée, ou plutôt cette tranchée ne semblait pas avoir été creusée par une érosion naturelle mais par la main de l'homme. L'hypothèse sembla cependant assez farfelue au capitaine Boulaye qui au moyen de la longue vue rivée à son oeil droit, observait les alentours. A peu de distance, appuyée à une barre rocheuse, une cabane, du toit de laquelle commençait à s'élever une fumée bleue, semblait habitée.  Ils s'y dirigèrent.

Alors qu'ils arrivaient à la cabane en criant des " Ohé ! Y'a quelqu'un ? C'est nous  ! Adichats !" ils virent apparaître un étrange personnage dont le sexe masculin était à priori identifiable d'emblée par le fait qu'il portait une longue barbe et n'était vétu que d'un foulard fait d'un tissu écossais noué autour de la tête, dont les couleurs fanées ne permettaient guère de deviner l'origine du tartan.

"God bless me !"  "Welcome dears friends !" S'écria la créature hirsute. Vous êtes Français ? J'adore les Français. Je ne suis pas anglais mais Ecossais ! Sheedan Mc Askett barbier-chirurgien à bord de la "Flower of Aberdeen" trois mats carré coulé le 14 février 1724 suite à une rencontre malheureuse avec un pirate Yéménite. Je me suis retrouvé seul survivant à bord après l'abordage m'étant endormi juste avant l'attaque suite à une absorption un peu trop forte de cet excellent Whisky des Highlands que j'avais en réserve et qui me servait à bord, à la fois d'anesthésiant et de désinfectant. Ayant glissé sous un tas de voiles je fus ignoré par les pirates et abandonné sur mon navire en train de couler. J'eus à peine le temps de construire un radeau de fortune et de sauver une pièce d'un demi shilling en argent qui avait été oubliée sur le pont.

- C'est donc les restes de votre radeau qui sont sur la plage au départ de la tranchée qui monte jusqu'au col dit le capitaine, mais quelle est l'origine de cette vallée étroite dans laquelle notre géographe Guilhem ne voit pas l'oeuvre de la nature mais la main de l'homme ?

- Ah ça, c'est l'histoire des vingt et une dernières années de ma vie passées ici dans la solitude.
En arrivant à marée haute au fond de cette baie, j'ai amarré mon radeau. J'ai senti au fond de ma poche la pièce d'un demi shilling en argent et je l'ai caressée longuement, comme le seul objet qui me rattachait désormais à la civilisation. Et puis vous savez bien que pour nous écossais, une pièce de monnaie est un peu plus qu'une pièce ! 
Je l'ai remise dans ma poche et je me suis lancé à la découverte de mon nouveau domaine. 
Arrivé ici, au col, j'ai voulu reprendre ma pièce. Hélas, je me suis aperçu que ma poche avait un trou et que j'avais perdu mon seul demi shilling !!! C'était pour moi un malheur encore plus grand que le naufrage. J'ai donc entrepris jour après jour de creuser sur le chemin que j'avais pris entre le radeau et le col afin de retrouver ma pièce. C'est ainsi qu'au fil des ans j'ai creusé ce véritable canyon. Je sais bien que c'est une folie, mais cette folie m'a protégé du désespoir engendré par l'isolement et la solitude. En fait cette folie m'a protégé d'une folie bien plus grande qui m'aurait sans doute conduite à me laisser mourir ou même à hâter l'heure de ma mort.

François Boulaye de Bernoye plongea la main dans sa poche et en ressortit la pièce d'un demi shilling en argent. Il la tendit à Sheedan.
- Voici votre pièce. Le mousse Basilou l'a retrouvée en fixant l'ancre de notre chaloupe sur la plage.
Sheedan Mc Askett les yeux remplis de larmes saisit délicatement la pièce tendue par le capitaine, puis il se tourna vers le mousse et avec une tendresse infinie, il l'embrassa...sur la bouche.


- Mes petits enfants ne voudront jamais me croire quand plus tard je leur raconterai que j'ai été embrassé sur la bouche par l'homme qui a creusé de ses mains
    le canyon du col au radeau
,   pensa Basilou.


(1) "Bille Audel":  Les historiens s'interrogent encore sur ce nom. Il existe à Bordeaux une rue Billaudel. Certains y voient un rapport avec le nom du cotre.
(2) Le coq : coqua (cuisinière) et coquus (cuisinier) viennent du latin, et ont donnés "coq" : cuisinier dans la marine.
(3) Aliment carminatif :  aliment qui provoque des gaz.


Pourquoi raconter cette histoire stupide ? Quel rapport y a t-il entre l'aventure de ce pauvre naufragé et  la profondeur de la réflexion ampélosophiste ? Je vous sens perplexes !

Cette histoire dont le but vous l'avez compris n'est que de conduire au calembour sur "le canyon du col au radeau" m'a été inspirée par quelques questions relatives à la liberté d'expression en particulier celle des humoristes.
1 - L'affaire du procès de Laure Adler et de Radio France contre une association d'auditeurs représentée par son président Monsieur Antoine Lubrina. ( Voir sur le lien donné ci dessous si vous n'en avez pas entendu parler )

http://images.google.fr/imgres?imgurl=http://www.broguiere.com/culture/sine.jpg&imgrefurl=
http://www.broguiere.com/culture/fm.htm&h=400&w=383&sz=20&hl=fr&start=18&um=
1&tbnid=4lKtlIL8dD24BM:&tbnh=124&tbnw=119&prev=/images%3Fq%3Dsin%25C3%25A9%26um%3D1%26hl%3Dfr%26lr%3Dlang_fr%26sa%3DN

Une caricature de Siné prend parti pour Antoine Lubrina.

2 - L'affaire qui a opposé en juillet le dessinateur Siné à Philippe Val directeur de la rédaction de "Charlie Hebdo".
http://www.marianne2.fr/Sine-vire-de-Charlie-Hebdo-antisemitisme-_a89296.html

Je n'ai jamais été un admirateur des dessins de Siné. Je trouve qu'il dessine presque aussi mal que moi et que son humour est assez souvent au dessous de la ceinture, mais il en faut pour tous les goûts comme disait ma grand-mère qui était philosophe et Siné a bien le droit d'exister dans le paysage français de la caricature .
Si même "Charlie Hebdo" qui me semblait être l'héritier du célèbre "HARA KIRI, journal bête et méchant" passe lui aussi du côté des censeurs, il ne va plus nous rester comme espace de subversion que la culture des orchidées sous serre ou l'élevage des poissons rouges en aquarium !


Alors si j'avais appelé mon naufragé Isaac Ben Levi qui recherche une pièce de monnaie pendant 21 ans au point de creuser un canyon sur son île, mon histoire aurait été antisémite ?

Si le type s'était appelé Mohammed Ben Youssef, recherchant une page déchirée de son Coran, mon histoire aurait été dirigée contre l'islam ?

Si le naufragé avait été une femme recherchant son tube de rouge à lèvres, mon histoire aurait été misogyne ?

S'il s'était appelé "Père Saint Jean des clous de la Sainte Croix" et qu'il avait perdu son chapelet...etc...

Et merde !

Bon, alors il nous reste quoi comme sujets de rigolade à part faire de l'humour sur soi même?
Les Ecossais ? Oui, ils me semblent pour l'instant avoir assez d'humour sur eux mêmes.
Les pets et la scatologie ? C'est un peu vulgaire mais ça fait encore rire.


Sarkozy ? Je laisse ce sujet à d'autres, moi ça me fait de moins en moins rire.
Et après ? ...


ARISTOPHANE, AU SECOURS !

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