Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Recherche

29 avril 2012 7 29 /04 /avril /2012 16:00

    Les experts amis-amis.

 

Il était une fois dans un temps très ancien (c'était vers l'époque de Clovis et de Ramsès II, pour satisfaire les pinailleurs qui ne vont pas manquer de me demander des précisions), un royaume lointain (je veux dire vraiment loin, après la Principauté d'Andorre, et bien plus loin que la Belgique) qui vivait dans la prospérité la plus grande.

En réalité, le roi Loïc Atorz et sa cour vivaient dans la prospérité, car le peuple crevait la dalle dans la plus grande des misères, mais il était tellement abruti par le travail qu'il n'avait même pas la force de se plaindre.

Les tas c'est moi

Le roi et sa noblesse tiraient bien entendu leurs revenus de la richesse produite par le travail des xylarchides ( = "couilles en bois" du grec "XYLOS"BOIS et "ARCHIDI"= COUILLE, ce nom désignait les pauvres travailleurs du peuple)  qui devaient en outre subvenir aux besoins d'un clergé dont le rôle de guide spirituel et sauveur de l'âme méritait bien une rétribution à la hauteur des enjeux de sa fonction.

Le clergé enseignait que les dieux ayant crée le monde tel qu'il était, ce monde ne pouvait être que parfait (les dieux ne sont quand même pas des bricoleurs du dimanche, même si le dimanche est le jour...de dieu !), que le roi "lieutenant des dieux sur terre" était le meilleur des rois, que désobéir au roi revenait donc à désobéir aux dieux, que le monde se divisait naturellement entre riches et pauvres...etc...et donc que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. (1)

 

Et puis, au fil du temps la société évolue. Quelques dégourdis issus du peuple arrivent à faire fortune dans le commerce, la banque [(déjà ?),(mais oui)] les fonctions de la justice, ou quelques activités administratives. Ils forment alors la classe sociale des chrysarchides ( "couilles en or" du grec CHRYSOS =OR et ARCHIDI=COUILLE) Ces gens instruits trouvent que se faire plumer par les taxes, impôts et redevances diverses pour entretenir une noblesse oisive et hautaine,  sans avoir le moindre droit de contrôle sur l'utilisation du pognon récolté par le roi, ça commence à bien faire !

 

Ils s'allièrent donc aux braves xylarchides (juste histoire de faire un peu plus de poids face au roi et à ses CRS -Compagnies Royales de Sécurité-) et dirent au souverain qu'il fallait  arrêter de se payer leur tête ! Le monarque ayant du mal à piger c'est eux qui se payèrent la sienne.

 

Le roi étant zigouillé il était urgent :

 

1 - de trouver une autre justification que la volonté divine pour expliquer l'origine du pouvoir tout en s'assurant que ces nouvelles lois profitent à la nouvelle catégorie de la population qui avait mené la révolution (en un mot, les chrysarchides). Le problème était complexe:

2 - de faire accepter ces lois par les xylarchides qui avaient été leurs alliés pour virer le roi.

 

A force de chercher la solution on finit par la trouver ("Quand on cherche on trouve!" disait ma grand-mère qui était philosophe)

Il suffisait de proclamer deux choses en même temps :

1 - Le pouvoir vient du peuple. (notion de souveraineté populaire). Toute loi qui n'a pas été ratifiée par le peuple est nulle.

2 - Le peuple exerce son pouvoir par l'intermédiaire de représentants élus. Et ça c'est une idée géniale !

 

Quelques temps plus tard le Royaume était devenu une République. "L'Athée Laid" avait replacé la religion dans son rôle de directeur des inconsciences, et dans les écoles on expliquait aux enfants que la République était une "démocratie" qui donnait à tous les mêmes chances de réussite, ce qu'ils avaient parfois un peu de mal à admettre, mais vous savez ce que c'est, les ados sont chiants et contestataires quelle que soit l'époque. On leur précisait même que la démocratie avait été inventée par les grecs (pas par ces brutes de guerriers Spartiates mais par les doux Athéniens) il y a bien longtemps en leur expliquant que ce mot signifie  "pouvoir du peuple", ce que bien entendu personne n'avait pris la peine de vérifier vu qu'on admettait la parole du professeur comme autrefois celle du prêtre. On ne leur disait pas non plus que dans la démocratie athénienne  le "peuple" ne représentait que 35 ou 40 000 personnes  sur les 250 ou 300 000 habitants de l'Attique, et que l'essentiel des fonctions politique était attribué par tirage au sort et non à la suite d'élections !

 

Les activité de production de richesse se développèrent, le commerce prospéra, les banques se multiplièrent et les banquiers s'enrichirent. On appela celà "la croissance économique". Les chrysarchides se firent des couilles en or. ( Qui a dit: "C'est un pléonasme" ? )

 

L' étude des modes de production distribution, consommation des richesses (l'économie) devint une science si on en croit les experts dont le nombre grandit et l'influence médiatique se développa. Une classe d'experts en politique  (les élus représentants du peuple) et d'experts en économie apparut ainsi, composée essentiellement de gens issus des chrysarchides, et qui entretenait de bonnes relations (parfois même des relation carrément amicales) avec les grands dirigeants de la finance et les grand journalistes chargés "d'informer" le peuple de "ce qu'il faut penser", chrysarchides eux aussi. En bref, tous ces experts étaient amis-amis.

 

Tous les cinq ans le peuple était convié à élire le "Chef de l'Etat". Même quand la situation du pays était catastrophique les électeurs pensaient qu'avec le nouveau chef ça irait beaucoup mieux, ou bien que si l'on reconduisait l'ancien qui avait foiré son premier mandat, il serait bien meilleur dans le second.

Inégalités 2

Inégalités 3

 

Et puis pour se consoler le bon peuple se disait que dans la vie il n'y avait pas que le fric il y avait aussi le jeu de ballon au pied très populaire dans ce pays qui procurait des joies immenses.

  Enfin, l'Etat contrôlait même un organisme qui gérait des jeux de hasard et donnait à chacun l'espoir qu'un jour lui aussi serait un chrysarchide !

Donc, tout était toujours pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. (1)

 

Mais heureusement cette histoire n'est qu'un conte et toute ressemblance avec une situation existante ne pourrait être que le fruit du hasard.

 

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

 

(1) Je me demande si Voltaire ne m'aurait pas piqué cette phrase pour la fourrer dans un de ses contes ? Je me suis sûrement fait avoir. Je suis un peu trop candide.

 

Ce conte a été en partie inspiré par l'article du philosophe Jacques Rancière sur le "Nouvel Observateur" du 19 avril 2012,  N° 2476

 

  Rancière

Partager cet article

Repost 0
Dominikos

Articles Récents

Liens