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6 novembre 2015 5 06 /11 /novembre /2015 08:53

Je n'aime pas les saucisses.

"Toutes les bonnes choses ont une fin, seule la saucisse en a deux ..."

Je venais de commencer "Le fabuleux destin d'une vache qui ne voulait pas finir en steak haché" de David Safier, quand page 45 je tombe sur cette phrase prononcée par Giacomo, chat italien, un des protagonistes de ce roman picaresque et bovin.  

La violence et le sacré.

Cette phrase sublime m'interpelle immédiatement.

Parce que je n'aime pas les saucisses.

Ni même les "bonnes saucisses" comme me disent souvent des amis qui tiennent absolument à me faire déguster cette viande hachée et grasse, dont la vue me dégoute, l'odeur me répugne et le goût m'indispose au point d'avoir à l'âge de 10 ans voulu me convertir à l'islam quand j'ai vu à la cantine où l'on m'avait servi une grosse saucisse bien juteuse sur une purée liquide, et que mon copain Rabah assis à table en face de moi, avait dans son assiette une magnifique omelette. Je lui ai demandé qu'est-ce qui lui valait ce privilège, et il m'a juste répondu: "Moi, je suis musulman." J'ai immédiatement  compris la supériorité de l'islam sur le christianisme. Si on était musulman on ne mangeait pas de saucisse ! Cette condition m'a semblé suffisante pour me convertir.

Et puis vous savez ce que c'est, le temps passe, les parents ne prennent pas les projets mystico-charcutiers de leur gamin de 10 ans au sérieux, et voilà comment l'islam rate un nouveau fidèle. Mais nom de Zeus, j'espère que Dieu, quel qu'il soit, me pardonnera.

La violence et le sacré.
La violence et le sacré.
La violence et le sacré.
La violence et le sacré.

Alors mes amis, s'il vous plait, ne me faites pas violence en m'imposant vos saucisses. Merci.

René Girard aimait-il les saucisses ?

"Faire violence au violent, c'est se laisser contaminer par sa violence"

"Nous nous imaginons toujours que la différence entre le primitif (1) et le civilisé consiste en une certaine impuissance du primitif à identifier le coupable et à respecter le principe de culpabilité. C'est sur ce point que nous nous mystifions nous-mêmes. Si le primitif paraît se détourner du coupable, avec une obstination qui passe à nos yeux pour de la stupidité ou de la perversité, c'est parce qu'il redoute de nourrir la vengeance.

Si notre système nous paraît plus rationnel c'est, en vérité, parce qu'il est plus strictement conforme à la vengeance."

Les textes ci-dessus sont tirés du premier livre de René Girard que j'ai lu en 1972: "La violence et le sacré".  

Depuis, j'ai continué à suivre la pensée de cet historien, philosophe, professeur de littérature comparée à l'université californienne de Stanford ... et peu reconnu en France par les milieux universitaires. Il n'a été élu à l'Académie française qu'en 2005 à 82 ans. Il était temps !

 

La violence et le sacré.

René Girard est né à Avignon. Il est mort le 4 novembre aux Etats-Unis où il était installé depuis 1947.

J'avais une profonde admiration pour cet homme, tant pour sa grande culture et sa pensée, que pour le personnage lui même.

Je l'ai rencontré en 1991 au cours d'un colloque et j'ai eu l'occasion de discuter avec lui quelques minutes. Je lui ai parlé des ouvrages que j'avais lu de lui et de l'éclairage nouveau que sa thèse sur "la rivalité mimétique" avait donné à mon approche des sciences humaines.

A la fin de notre conversation il me serre la main et me dit:

"Je suis ravi de vous avoir rencontré."

J'éclate de rire et lui répond: "Non, c'est plutôt moi qui suis ravi de vous avoir rencontré !"

Et il insiste poliment en m'affirmant qu'il est toujours heureux de discuter avec ses lecteurs et que ces discussions sont pour lui très enrichissantes.

Voilà, les saucisses me restent sur l'estomac, et le départ de René Girard me reste sur le coeur.

Les médias ne nous ont pas parlé de sa disparition. C'était sans doute pour ne pas nous faire trop de peine ?

 

Correspondance:  aristogenes@aliceadsl.fr

 

(1) Le mot "primitif" chez Girard est employé dans le sens étymologique, c'es à dire "celui qui vient en premier" Il n'a rien de péjoratif.

 

Plus facile à lire que les oeuvres de René Girard, les bouquins de David Safier. Avant "Le fabuleux destin d'une vache  ... " j'avais déjà lu, "Maudit karma" et "Jésus m'aime". C'est délirant mais de temps en temps ça fait du bien, ça aide à digérer toutes les saucisses qu'on cherche à nous faire avaler.

 

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Dominikos
27 octobre 2015 2 27 /10 /octobre /2015 10:25

Le lapin et le baobab.

L'installation d'un "Etat islamique" au Moyen-Orient, la Syrie, l'immigration massive vers l'Europe, le chômage, les inégalités, les difficultés pour réformer efficacement le système scolaire français, mon intolérance au rhum blanc agricole, (au fait, t'as pas vu mes clés de bagnole ?) le réchauffement climatique, ... bref, ce ne sont pas les sujets qui manquent pour faire un article.

Mais je trouve de plus en plus difficilement la motivation.

A quoi bon écrire ces petits billets d'humeur ?

Jusque là ça m'amusait et en ce moment, ça m'amuse de moins en moins.

Et puis je retrouve un vieux dessin d'Arkas.

Arkas pour ceux qui ne le connaîtraient pas est un auteur et dessinateur de BD Grec. (A ma connaissance il n'y a que les albums de "Perpette" qui sont publiés en français. J'en avais déjà parlé dans un article de juin 2008, mais tu n'étais peut-être pas là ?)

Faites vos contes.

Donc, je retrouve un ancien dessin d'Arkas.

Faites vos contes.

Traduction:

Tu es sûr que tu portes un préservatif ?

Naturellement !

 

Et ce dessin m'a fait penser aux électeurs Grecs déçus par Tsipras, aux électeurs Français déçus par Hollande après avoir été déçus par Sarkozy et avant d'être déçus par Marine, etc ...

Après chaque élection une bonne partie de l'électorat a la désagréable sensation de s'être fait baiser sans préservatif.

Euh ... la réflection est un peu vulgaire ? Oui, mais vous l'avez bien comprise, alors c'est l'essentiel. Au moins, là, vous n'allez pas m'écrire que j'emploie des mots trop compliqués ! Il faut savoir ce que vous voulez !

Faites vos contes.
Faites vos contes.
Faites vos contes.

Et dans un second temps, cette histoire de lapins me rappelle un conte africain que j'ai lu (ou entendu ?) il y a bien lontemps si bien que j'ai oublié d'où je le tiens. Alors je vous le raconte rapidement avec ce qu'il m'en reste en mémoire.

Il était une fois un lapin qui regagnait son terrier quelque part dans la savane. La chaleur de l'après-midi au coeur de la saison sèche était étouffante. En passant près d'un baobab, le lapin s'octroit une petite pause à l'ombre de l'arbre colossal.

Après quelques instants il ressent un tel bien être qu'il s'adresse au baobab. Bien sûr il sait que l'arbre ne l'entend pas, mais il est seul et tellement heureux de ce bref repos à l'ombre qu'il parle à haute voix.

- Vraiment Baobab tu es l'arbre le plus merveilleux de la savane. Sans toi ce pays serait un enfer. Ton ombre est douce et je pense que tous les voyageurs doivent te remercier pour ta générosité.

A ces mots le baobab se met à frissonner. Quelques frémissements, des cliquetis dans les branches, ses feuilles s'agitent et le lapin comprend que l'arbre l'entend.

Alors, il lève la tête, voit les fruits accrochés aux hautes branches, puis il poursuit:

- Il est vrai que ton ombre est très douce, mais je me demande si tes fruits ont la même douceur que ton ombre ?

Un fruit tombe alors juste à côté du lapin qui le déguste, se régale et se raffraichit.

- Je n'aurais jamais imaginé que tu sois aussi généreux. Avec autant de bonté envers le petit peuple de la savane j'imagine que ton coeur doit être de la même qualité que ton ombre et que ton fruit !

Un craquement se fait entendre. L'écorce du baobab se déchire, et il ouvre son coeur au lapin d'abord surpris puis émerveillé en découvrant le trésor qu'il a dans le coeur. Des pierres précieuses, des colliers, des boucles d'oreilles, des bracelets en or. Le coeur de l'arbre restant ouvert, le lapin prend délicatement une paire de boucles d'oreilles, et le baobab referme son tronc.

Le lapin le remercie encore puis regagne son logis.

Faites vos contes.

Il offre alors les boucles d'oreilles à sa femme et lui raconte comment il les a obtenues suite à sa rencontre avec le baobab.

La lapine très fière sort faire une promenade dans la savane pour montrer ses belles boucles d'oreilles.

Elle rencontre la hyène qui immédiatement lui demande où elle a eu de si splendides bijoux.

La lapine raconte alors l'histoire à la hyène qui aussitôt part ventre à terre vers le baobab.

Avant même de reprendre son souffle elle s'adresse au grand arbre.

"Vraiment baobab, tu es l'arbre le plus merveilleux de la savane ton ombre est douce..."

L'arbre frémit.

"... mais je me demande si tes fruits ont la même douceur que ton ombre ..."

Un fruit tombe à deux pas de la hyène qui le dévore en une seule bouchée.

" ... j'imagine que ton coeur doit être de la même qualité que ton ombre et que ton fruit !"

Le baobab ouvre son coeur.

La hyène se précipite dans le tronc béant pour s'emparer du trèsor. Le baobab effrayé referme immédiatement son coeur et la hyène ne doit la vie sauve qu'à un bond en arrière qui lui permet de ne laisser que quelques poils coincés dans l'écorce de l'arbre.

Depuis ce jour, le baobab n'a plus jamais ouvert son coeur à personne.

Beaucoup de gens sont comme le baobab, ils n'ouvrent jamais leur coeur.

De quelle hyène se souviennent-ils ?

 

Faites vos contes.

Même si aucune hyène n'empoisonne votre vie, je vous indique un petit livre merveilleux qui m'a été offert il y a quelques jours et que j'ai dévoré comme (... mais non, pas comme une hyène !) comme un plat de casserons préparés par Myriam.  

Ah, vous ne savez pas ce qu'on appelle ici les "casserons" ?

Et vous ne connaissez pas Myriam non plus ?

Bon, tant pis pour vous. Mais lisez "L'homme qui voulait être heureux" de Laurent Gounelle, (Editions Pocket). Vous allez voir, ça fait du bien.

Faites vos contes.

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

 

Je remercie encore ici les personnes qui le 5 octobre m'ont offert des livres ( j'en ai reçu 11) Je crois savoir qui m'a offert quoi, mais pour deux ou trois ouvrages j'ai quelques doutes.

J'ai déjà lu "La Religion" (951 pages) de Tim Willocks, un roman palpitant.

J'ai retrouvé mon enfance dans la collection que François Bon présente dans "Autobiographie des objets"

"L'Homme qui voulait être heureux" de Laurent Gounelle, une perle rare.

"Thomas Munzer, ou la guerre des paysans" (en cours de lecture) de Maurice Pianzola. Remarquable ouvrage d'histoire, on en reparlera. Didactique et passionnant.

"Je vais passer pour un vieux con" de  Philippe Delerm.  Du Delerm de bonne cuvée.

"L'Heptaméron" de Marguerite de Navarre. Brillant. Un régal. Je déguste à petite dose.

Pour les autres je n'ai pas commencé, J'ai de la lecture jusqu'à Noël.

Merci.

 

 

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Dominikos
24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 06:30

Le coiffeur qui ne peignait que des clowns.

Un soir de septembre à table, une personne évoque la vie au Cap-Ferret dans les années 60.

- Savez-vous que "X" (actuellement peintre reconnu sur la presqu'île) était coiffeur. Il avait son petit salon en face de chez "Machin", tu te souviens Yannick ? A cette époque, il ne peignait que des clowns.

Une personne intervient:

- Un coiffeur qui ne peignait que des clowns ? il ne devait pas travailler souvent !!! Drôle de spécialité !

Hilarité générale autour de la table.

Putain de langage ! Le verbe "peindre" et le verbe "peigner" à la 3ème personne de l'imparfait donnent tous les deux "il peignait"

En ces temps plutôt maussades on se raccroche à ce que l'on peut pour s'offrir une bonne bouffée de rigolade.

Couper les cheveux en quatre

Doit-on condamner et se priver du bon rire stupide, gras, un peu macho sur les bords ? Je n'en sais rien mais ce que je constate c'est que par moment ça fait du bien de rigoler un peu en ce début de millénaire si perturbé.

Le fait de rire est-il le signe d'une indifférence aux malheurs du monde ou une manière de recharger les batteries pour pouvoir mieux les affronter et tenter de les analyser afin d'en comprendre les causes, sans se laisser aller dans le sens de la doxa ambiante ?

Chacun choisira sa propre réponse.

 

 

Couper les cheveux en quatre
Couper les cheveux en quatre
Couper les cheveux en quatre

Il est bien évident que la réflexion d'Athanasios ci-dessus est un concentré de stupidité masculine basique. Mais j'entends assez souvent (pour ne pas dire quotidiennement) des réflexions de ce niveau exprimées avec le plus grand sérieux sur, l'économie, la politique, la religion, les grands problèmes sociaux du moment ... par des gens sympathiques qui ne connaissent pas grand chose sur les sujets qu'ils évoquent, ce qui ne les empèche pas d'avoir une opinion bien tranchée et de l'exprimer haut et fort sans la moindre gêne.

Par ailleurs, je reçois le message suivant d'un ami très cher. Je vous en livre un extrait.

"Désolé de ne répondre que tardivement et parcimonieusement. Je n'ai pas passé un excellent été. Comme je ne suis ni Grec, ni Syrien, ni Érythréen, mais petit occidental névrosé qui cependant perçoit encore une retraite honorable sans aucun rapport avec certaines retraites chapeaux, je me suis dit qu'il valait mieux faire silence et me réfugier dans mes bouquins avec mes auteurs préférés, l'un d'eux, Erri De Luca, venant d'être condamné à une lourde peine de prison pour avoir osé défier le terrorisme d'Etat, je tiens à le préciser."

 

 

Couper les cheveux en quatre


Dois-je comme mon ami, me replier sur moi même en attendant que le monde aille mieux, m'engager dans la lutte dans le cadre d'une organisation politique existante, créér mon propre parti sachant que je ne me sens vraiment attiré par aucun de ceux qui existent, ou bien encore prier tous les dieux grecs (et autres) pour qu'ils fassent quelque chose pour ce monde qu'ils auraient créé ?

Tiens, à propos de dieux  ...

 Depuis quelques mois, vous l'avez sans doute remarqué comme moi, une question revient assez régulièrement dans les médias.

"L'Islam est il compatible avec la démocratie ?"

Dès l'instant où la question est posée, on attend la réponse des "experts" à qui elle est posée qui est bien entendu

"Non, l'Islam n'est pas compatible avec la démocratie", réponse argumentée généralement avec quelques citations bien choisies du Coran.

Moi, ces réponses me semblent souvent convaincantes, mais vous me connaissez, toujours cette foutue curiosité et cette pensée de Montaigne dont je ne parviens pas à me libérer :"Si on doute de si peu de choses, c'est que les communes impressions, on ne les essaie jamais". 

Que voulez-vous, chez moi c'est une manie de toujours poser des questions, chercher des réponses, même sur les sujets qui semblent ne poser problème à personne (surtout sur les sujets qui semblent ne poser problème à personne) bref, de couper les cheveux en quatre, pire qu'un célèbre coiffeur de clowns !

Et là j'entends déjà quelques amis en trains de hurler:

"Non mais t'es con ! Tu sais bien que la majorité des grands Etats démocratiques sont des pays de culture chrétienne ! Pas la peine de s'appeler Nadine pour voir ça ! Tu devrais arrêter l'ouzo le résiné et le château Ségur ! 

Mais ça ne me décourage pas. J'ouvre le Coran.

1 Que toute personne soit soumise aux autorités supérieures ; car il n'y a point d'autorité qui ne vienne de Dieu, et les autorités qui existent ont été instituées de Dieu.

2 C'est pourquoi celui qui s'oppose à l'autorité résiste à l'ordre que Dieu a établi, et ceux qui résistent attireront une condamnation sur eux-mêmes.

 

 

 

Couper les cheveux en quatre

Coucou !

Surprise !

Ce n'est pas des extraits du Coran, mais de "l'Epitre de Paul aux Romains"(Chapitre XIII, 1 et 2)

Vous pouvez trouver de nombreuses citations chrétiennes de ce type si vous êtes un peu curieux.

Et t'as entendu parler de la justification de la monarchie absolue de doit divin par Bossuet au XVIIè siècle ?

Le christianisme n'est compatible à priori qu'avec le "doit divin"

Et le culte de l'Être suprême crée par les révolutionnaires de 1789, Robespierre en tête ("en tête" étant une façon de parler pour Robespierre !) Pourquoi tenter de fonder une nouvelle religion pour remplacer le catholiscisme d'après toi Benoît ? Ah, tu n'as pas lu non plus "L'essai sur la révolution" d'Hannah Arendt ? Elle explique que la monarchie de droit divin étant renversée (10 août 1792) il fallait trouver une nouvelle légitimité à la loi, celle fournie par l'Eglise sous l'Ancien Régime étant abolie. Donc on va remplacer la transcendance chrétienne par une nouvelle transcendance qui se veut "rationnelle" et républicaine.

Tout ça pour dire qu'il me semble bien que le christianisme n'est pas non plus très compatible avec la démocratie.  

Alors pourquoi est-ce que ça fonctionne quand même ?

Parce que ce n'est pas le christianisme qui est compatible, mais les chrétiens ! Tout au moins une grande majorité d'entre eux. Au cours du XIXè et du XXè siècle les chrétiens ont  peu à peu trouvé leur intérêt à vivre dans une société démocratique. Il en est bien sûr de même me semble-t-il pour de nombreux musulmans.  

Donc la bonne question à se poser me semblerait plutôt être: "Est-ce que les musulmans sont compatibles avec la démocratie ?"

Et là bien entendu ça change tout.

Je vous laisse cogiter, je pars tout de suite ... au Cap-Ferret.

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

 

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Dominikos
18 août 2015 2 18 /08 /août /2015 06:22

Le cannibalisme paradoxant.

Lecture de vacances.

Procrastination

La Colle sur Loup (Alpes maritimes). 

Sur un canapé de la maison dans laquelle  je suis invité, mon attention est attirée par un livre dont le titre m'interpelle.

"Le capitalisme paradoxant" - Vincent de Gaulejac, Fabienne Hanique. Seuil - 2015.

J'interromps ma séance de méditation ampélosophiste et j'ouvre le bouquin.

Procrastination

Aperçu rapidos du bouquin:  

Constatation: Après la Seconde Guerre mondiale l'espoir d'une mondialisation harmonieuse apparaît chez des intellectuels, des politiques et gagne peu à peu une bonne partie de l'opinion publique. On imagine l'émergence d'un nouveau modèle de société (presque idéale ?) qui "reposerait sur  le progrès scientifique, la croissance économique, la démocratie, et surtout sur une conception partagée de la justice sociale". Le capitalisme apparaît alors comme "un moteur essentiel, favorisant l'initiative, l'esprit d'entreprise, la circulation des capitaux, le libre échange". Ce modèle se mondialise.

Actuellement, (soit 70 ans après le début du développement de ce que les ampélosophistes pourraient qualifier d'utopie économique, politique et sociale) non seulement les problèmes sociaux économiques de l'après guerre ne sont pas résolus, mais les "crises" (financières, économiques, sociales, politiques...) se multiplient. Nous sommes plongés dans une société capitaliste créatrice de paradoxes, ("Capitalisme paradoxant")

Bon, enfin moi, je trouve ce bouquin passionnant, très pédagogique (les auteurs sont des universitaires), écrit dans un langage clair.

Bien sûr il y a moins de photos que dans "Voici" ou "Gala". Mais pour se remettre les neurones dans le sens de la marche après les vacances, cela me semble être une bonne lecture.

4è de couverture - Vincent de Gaulejac, Fabienne Hanique. A vrai dire, c'est la seule photo du bouquin.

4è de couverture - Vincent de Gaulejac, Fabienne Hanique. A vrai dire, c'est la seule photo du bouquin.

Dans la société capitaliste la "libre concurrence" est encouragée.

"La libre concurrence qui s'ouvre entre les producteurs pour satisfaire le marché est un facteur de progès dans l'outillage et accroît l'abondance"  (Adam Smith "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations" 1776)

Cette compétion (= libre concurrence) "qui s'ouvre entre les producteurs" donne naissance à une "guerre économique"  dans laquelle les plus forts bouffent les plus faibles. D'où le développement (à l'échelle de chaque nation, mais aussi à l'échelle planétaire puisque ce modèle économique s'est mondialisé) d'inégalités de plus en plus grandes.

Les forts bouffent les faibles: La société capitaliste ne serait-elle pas devenue cannibaliste ?

Mais en même temps, cette société cannibaliste génère chez de nombreux individus, qui ne remettent pourtant pas en cause le système, de l'empathie, de la compassion, parfois même de la pitié, pour ceux qui souffrent, et cela se traduit en particulier par le développement de multiples organisations humanitaires (gouvernementales ou non) dont le but est de panser autant que possible les blessures générées par la société cannibaliste. Paradoxal non ? (d'où mon titre "Le cannibalisme paradoxant" ...tu suis ?)

Dès le plus jeune âge nous sommes conditionnés à accepter notre modèle de société comme étant "Le modèle" de la société évoluée, libre, démocratique ...

 

Procrastination
Procrastination
Procrastination

Mais pour que dans une société, il y ait des riches, il faut nécessairement qu'il y ait des pauvres, comme pour qu'il y ait des grands, il faut qu'il y ait des petits, pour qu'il y ait des gens qualifiés d'intelligents, il faut qu'il y ait des mal comprenants ... etc ...

Alors qu'en est-il de cette société égalitaire dont on nous parle depuis ... et même encore avant !

Cette société égalitaire ? Mais elle est pour demain bien sûr !

Depuis des siècles (des millénaires ? T'es sûr ?) on remet au lendemain l'avènement du régime politique idéal,  ou encore,  du "Grand Soir" des marxistes ou des anars ("dernier mythe poétique révolutionnaire" disait Jean-Paul Sartre) ou enfin, le paradis des religieux.

Nous vivons sur le plan politique et social, (sans vraiment toujours en prendre conscience), dans le monde de la procrastination.

D'où notre déception après chaque élection lorsque nous constatons que nos élus (en qui nous avions donc un minimum de confiance) ne tiennent pas les belles promesses qui aboutiraient à la mise en place du monde nouveau qu'ils avaient promis avant l'élection.

Je n'ai pas la cruauté d'évoquer ici la déception de quelques amis grecs...

Procrastination
Procrastination
Procrastination

Bon, c'est pas très optimiste tout ça ! Alors rien ne va changer ?

Mais non, absolument pas, nous sommes dans une fantastique période de mutation qui touche toute la planète puisque ces changements ne sont pas uniquement politiques, culturels ou sociaux mais affectent également notre milieu de vie, la Terre.

 

Mais alors à quel moment les humains vont-ils prendre conscience qu'il faut inventer de nouvelles formes d'organistions pour continuer à vivre en société ?

Peut-être quand le monde se sera transformé lui même si on croit cette remarque attribuée à Eratosthène:

"Le changement se produit dans les consciences quand il est consommé dans les faits."

- Thierry Crouzet - Eratosthène - Editions "L'Age d'Homme" - 2014

 

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

 

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Dominikos
8 juillet 2015 3 08 /07 /juillet /2015 17:13

 La Grèce ?

 

Connaissez-vous Philipp FOLTZ ?

Non ?

C'est un peintre Allemand.

Il est l'auteur du célèbre tableau intitulé "Alexis Tsipras prononçant un discours devant le Parlement européen de Strasbourg"

 

Le célèbre tableau de Philipp Foltz.

Le célèbre tableau de Philipp Foltz.

Au cours de mon séjour à Francfort en juin, j'ai pu admirer le nouvel immeuble de la BCE.

Magnifique.

Photo prise depuis le haut du centre commercial "My Zeil".

Photo prise depuis le haut du centre commercial "My Zeil".

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/11/29/20002-20141129ARTFIG00020-la-bce-s-installe-dans-sa-nouvelle-tour-a-12-milliard-d-euros.php

http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2014/11/29/20002-20141129ARTFIG00020-la-bce-s-installe-dans-sa-nouvelle-tour-a-12-milliard-d-euros.php

Mario Draghi m'a commenté.

- 12 ans de travaux

- 40% de surcoût ... mais vous savez ce que c'est, ... les marchés publics ...

- et au final un prix de 1,2 milliards d'Euros.

- comme quoi le fric de l'Europe n'est pas utilisé qu'à aider ces feignasses de Grecs !

 

Ce Mario est un champion me dis-je !

 

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http%3A%2F%2Fvignette2.wikia.nocookie.net%2Fmario%2Fimages%2Fa%2Fad%2FMario3DS_Party.png%2Frevision%2Flatest%253Fcb%253D20130829212518%2526path-prefix%253Dfr&imgrefurl=http%3A%2F%2Ffr.mario.wikia.com%2Fwiki%2FMario_Party_DS&h=2539&w=1692&tbnid=MIoq691TXjiYCM%3A&zoom=1&docid=BfR_aMRYzkhxjM&ei=YTGdVZ7eH4OhsgGL5ZTYDg&tbm=isch&iact=rc&uact=3&dur=658&page=1&start=0&ndsp=41&ved=0CEgQrQMwBg

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http%3A%2F%2Fvignette2.wikia.nocookie.net%2Fmario%2Fimages%2Fa%2Fad%2FMario3DS_Party.png%2Frevision%2Flatest%253Fcb%253D20130829212518%2526path-prefix%253Dfr&imgrefurl=http%3A%2F%2Ffr.mario.wikia.com%2Fwiki%2FMario_Party_DS&h=2539&w=1692&tbnid=MIoq691TXjiYCM%3A&zoom=1&docid=BfR_aMRYzkhxjM&ei=YTGdVZ7eH4OhsgGL5ZTYDg&tbm=isch&iact=rc&uact=3&dur=658&page=1&start=0&ndsp=41&ved=0CEgQrQMwBg

C'est l'été, il fait chaud.

Je n'ai ni le temps ni l'envie de me lancer dans une réflexion historique, économique, sociale, politique et géopolitique sur la crise grecque qui est en réalité une crise de l'Europe telle qu'elle fonctionne depuis sa création.

Si seulement cette crise pouvait enfin amener à une réflexion de fond sur le fonctionnement de l'UE, ....

...mais j'ai assez peu d'espoir sur la sagesse ("SOPHIA" en grec) des politiques à la tête des démocraties représentatives, tant qu'ils ne seront que les exécutants des puissances financières qui dirigent le monde comme l'avait déjà remarqué Rudolf Hilferding (encore un Allemand !) dans son ouvrage "Das Finanzkapital" ("Le capital financier"), ... en 1910.

Je retourne donc sur mon île (je veux dire "sur ma presqu'île)

Faire fondre la graisse.

A plus tard.

 

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

 

Ah, oui j'allais oublier. Les dates de Philipp Foltz c'est 1807 - 1877.

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Dominikos
10 juin 2015 3 10 /06 /juin /2015 13:30

... et républicains.

Nous avons tous appris que le mot "république" venait du latin "res publica" que l'on traduit généralement par "la chose publique" ou "le bien commun".

C'est le mot "politeia" (qui a donné le mot "politique") qui exprime en grec la même idée.

Alors quand un parti politique prend pour nom "Les Républicains" ne s'approprie-t-il pas une partie de "la chose publique" pour en faire "une chose privée ?"

En d'autres termes, un individu (ou un groupe d'individus), peut-il légalement s'approprier un "morceau" du domaine public ?

Au risque de surprendre quelques lecteurs, je ne vois pas vraiment  de "contre indication" à ce petit hold up.

Explication.

Lequel d'entre nous ne s'est jamais risqué à s'approprier une partie de l'espace public ? J'ai le souvenir lointain de certains terrains de camping du Bassin d'Arcachon où dans les années 60 nous délimitions avec des "pignes" autour de notre tente une petit jardin privé .

Et puis bien sûr on pense à Jean-Jacques Rousseau: "Le premier qui ayant enclos un terrain, s'avisa de dire "ceci est à moi" et trouva des gens assez simples pour le croire ..." - Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes. 1754.

Enfin on ne peut pas ne pas faire référence à Pierre-Joseph Proudhon.

« Si j’avais à répondre à la question suivante : Qu’est-ce que l’esclavage ? et que d’un seul mot je répondisse : c’est l’assassinat, ma pensée serait d’abord comprise. Je n’aurais pas besoin d’un long discours pour montrer que le pouvoir d’ôter à l’homme la pensée, la volonté, la personnalité, est un pouvoir de vie et de mort, et que faire un homme esclave, c’est l’assassinat. Pourquoi donc à cette autre demande : Qu’est-ce que la propriété ? ne puis-je répondre de même : c’est le vol, sans avoir la certitude de n’être pas entendu, bien que cette seconde proposition ne soit que la première transformée ? »

En fait, depuis le néolithique et la sédentarisation des populations, nous vivons en Occident dans des sociétés qui se sont constrtuites autour de l'appropriation de l'espace public. (différence fondamentale avec les peuples nomades) Non seulement la propriété est rarement remise en question mais elle est même considérée comme un "droit naturel et imprescriptible de l'homme" par l'article 2 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen" du 26 août 1789.

Art. 2. Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l'oppression.

Notre société "libérale" n'est-elle pas la championne de l'individualisme et de la propriété privée ?

 

Conclusion:

Nous sommes tellement habitués à voir une partie de l'espace public (la Terre, est le bien commun de l'humanité non ? Je ne sais plus qui m'a expliqué ça ? Dieu peut-être ?) appropriée par un petit nombre, que cela ne nous choque plus.

Sommes nous prêts à défendre la "chose publique" ? (Je veux dire "à défendre la République")

Si j'en crois le célèbre tableau du peintre Jacques-Louis David (1748 - 1825) exposé au musée du Louvre et dont le titre un peu long, est "La République essayant de sauver les armes du pouvoir des mains des prédateurs afin de les remettre au peuple qui n'en a rien à cirer", j'en déduis que le peuple espère plutôt un sauveur qu'il n'est prêt à tenter de se sauver lui même.

 

 


 

 

République...

Je vais partir pendant quelques temps à Francfort. J'en profiterai pour passer à la BCE dire quelques mots en faveur de mes amis Grecs. Retour fin du mois.

Je vais peut-être leur parler de Proudhon ?

Ou pas ?

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

 

 

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Dominikos
2 juin 2015 2 02 /06 /juin /2015 19:32

Le savetier et le cup cake.

Repas du soir.

On apporte au dessert des petits gâteaux maison.

Une convive experte en pâtisserie dit : "Ce sont des financiers"

Et moi, j'ajoute (Dieu sait pourquoi ?) "Comme le savetier et le ...?."

Silence autour de la table.

Alors j'insiste en montrant les gâteaux. "Comme le savetier et le ....?"

"Et le cup cake" dit une jeune femme.

Et là je me dis que j'ai encore raté une bonne occasion de me taire.

 

Mais comme le savetier, gardons notre bonne humeur.

Thélème.
Thélème.
Thélème.

Bon, ne nous énervons pas. Après la 172 893ème réforme de l'éducation nationale, tout ça va s'arranger.

Et puis, c'est normal que nous ne connaissions pas tous les mêmes choses. J'ai autour de moi pas mal de gens qui connaissent des centaines de joueurs de foot, le poste auquel ils jouent, leurs clubs, leurs anciens clubs, leur futurs clubs, ...mais si je leur parle d'Epicure ça leur évoque tout de suite une infirmière moustachue au regard noir qui va leur planter dans le cul et sans aucun ménagement, une seringue dont la pointe transpire déjà pire qu'une bite d'incontinent !

Remarquez que le plus difficile pour chacun d'entre nous, n'est pas vraiment de savoir quelque chose, mais de savoir que l'on ne sait pas.

Attend, je t'explique avec un exemple.

Il y a quelques jours je pense au tableau de Gustav Klimt, "Le Baiser".

Tout le monde connait (enfin jespère.  "Le Baiser" de Klimt est au moins aussi connu que les fables de La Fontaine !) ce tableau sur fond doré comme une icone byzantine, où un couple également vêtu d'or se roule une pelle sur un parterre de fleurs.

Vous y êtes, vous voyez bien ce couple qui s'embrasse. C'est clair dans votre esprit ?

Pourquoi ai-je pensé au "Baiser" de Klimt ? Je crois que je voulais dessiner Aristogènes en train d'embrasser une amie (proche), et j'avais besoin d'un modèle, car je n'arrivais pas à trouver la position des têtes des deux protagonistes.

Je cherche donc le célèbre tableau du peintre autrichien.

Et là: surprise. Les deux personnages se tiennent bien dans les bras (donc ils s'embrassent au sens étymologique) mais leurs bouches ne se touchent pas !!! Ils ne se roulent donc pas un patin ! Et pourtant j'étais sûr de savoir qu'ils se galochaient !

Tu ne me crois pas ? Je te mets la copie du tableau en fin d'article pour que tu puisses vérifier immédiatement.

Sans aller peut-être jusqu'au sceptiscisme pyrrhonien il faut bien reconnaître que les vieux sages Grecs qui nous mettent en garde contre nos certitudes méritent sûrement leur titre de ... "vieux sages".

N'y aurait-il donc pas de connaissance absolue, mais seulement des connaissances relatives ?

Thélème.

Alors si on n'arrive pas avoir de certitudes que fait-on ?

J'en sais rien moi !

Tentez peut-être une retraite dans une abbaye ?

Dans une abbaye ?

Pas n'importe laquelle bien sûr. L'abbaye de Thélème.

 

Abbaye de Thélème. Gargantua

Abbaye de Thélème. Gargantua

François Rabelais, Gargantua, l'Abbaye de Thélème ... vous y êtes ?


"En leur reigle n'estoit que ceste clause : FAY CE QUE VOULDRAS, parce que gens liberes, bien nez , bien instruictz, conversans en compaignies honnestes, ont par nature un instinct et aguillon, qui tousjours les poulse à faictz vertueux et retire de vice, lequel ilz nommoient honneur. Iceulx, quand par vile subjection et contraincte sont deprimez et asserviz detournent la noble affection, par laquelle à vertuz franchement tendoient, à deposer et enfraindre ce joug de servitude; car nous entreprenons tousjours choses defendues et convoitons ce que nous est denié. "

Mais je vois un lecteur là bas au fond (à moins que ce ne soit une lectrice ?) qui préférerait une version en français contemporain.

La voici donc.

"Toute leur vie était dirigée non par les lois, statuts ou règles, mais selon leur bon vouloir et libre-arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur venait. Nul ne les éveillait, nul ne les forçait ni à boire, ni à manger, ni à faire quoi que ce soit... Ainsi l'avait établi Gargantua. Toute leur règle tenait en cette clause : FAIS CE QUE VOUDRAS, car des gens libres, bien nés, biens instruits, vivant en honnête compagnie, ont par nature un instinct et un aiguillon qui pousse toujours vers la vertu et retire du vice; c'est ce qu'ils nommaient l'honneur. Ceux-ci, quand ils sont écrasés et asservis par une vile sujétion et contrainte, se détournent de la noble passion par laquelle ils tendaient librement à la vertu, afin de démettre et enfreindre ce joug de servitude; car nous entreprenons toujours les choses défendues et convoitons ce qui nous est dénié".

 

Et si on terminait là dessus ?

Ah oui, j'allais oublier "Le Baiser" de Klimt.

Thélème.

Allez-y, soyez pas timides, on regarde pas !

 

Correspondance:aristogenes@aliceadsl.fr

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Dominikos
20 mai 2015 3 20 /05 /mai /2015 11:00

On regarde, mais on ne touche pas !

L'idée m'est venue dans l'abbatiale de Fontevraud devant le gisant d'Aliénor d'Aquitaine.

La nef de l'abbatiale de Fontevraud. Au fond, les gisants des Platagenêt.

La nef de l'abbatiale de Fontevraud. Au fond, les gisants des Platagenêt.

Aliénor d'Aquitaine et Henri Plantagenêt

Aliénor d'Aquitaine et Henri Plantagenêt

Richard Coeur de Lion et Isabelle d'Angoulème (l'épouse de Jean sans Terre)

Richard Coeur de Lion et Isabelle d'Angoulème (l'épouse de Jean sans Terre)

La contemplation de ces quatre gisants, deux hommes et deux femmes, me fait soudain penser à Robert d'Arbrissel.

J'en vois certains qui se disent: "mais d'où Dominikos nous sort-il donc ce nouveau petit Robert ?"

C'est tout simplement que Robert d'Arbrissel  a fondé l'abbaye de Fontevraud en 1101, donc penser à lui en ce lieu n'a rien d'extraordinaire, non ?

Quelques détails:  Robert d'Arbrissel (né vers 1045 ... 1047...1055 ... - bref on n'en sait rien -  et mort vers 1117), était un moine ermite, fils de prêtre (il y avait encore pas mal de prêtres mariés ou vivant en couple au XIème siècle) pratiquant un ascétisme tout à fait particulier puisqu'il  prônait la pratique du synéisaktisme.

Là un petit dessin s'impose.

Syneisaktisme
Syneisaktisme
Syneisaktisme

Le synéisaktisme est une pratique ascétique qui consiste à vivre en cohabitation avec une personne de sexe opposé sans jamais avoir de relations charnelles et dont les origines remontent aux premiers siècles du christianisme.

Bien qu'ermite, donc solitaire, son influence fut telle qu'il se trouva bientôt suivi par une troupe d'anachorètes qui se groupèrent autour de lui en une communauté de cénobites. (Vous conviendrez sans doute que former une communauté d'anachorètes cénobites, ça relève tout à fait de l'oxymore !!!)

Les disciples s'organisèrent autour de Robert en appliquant les principes du synéisaktisme, donc communautés d'hommes et de femmes qui vivaient côte à côte sans pour autant organiser des mâtines polissonnes ou des vêpres crapuleuses.  D'ailleurs le monastère des hommes était séparé du monastère des femmes. Faudrait quand même pas aller trop loin dans la tentation  !!! Suivant la volonté du fondateur, c'est une femme qui dirige l'ensemble monastique ce qui a fait considérer par certains Robert d'Arbrissel, comme un des précurseurs du féminisme, ... mais là je trouve qu'ils poussent peut-être le goupillon un peu loin.

Robert d'Arbrissel était en son temps considéré comme un saint par la plupart de ses proches, mais ses pratiques jugées par l'Eglise parfois "peu orthodoxes" lui on fait rater la canonisation. Il a quand même eu un lot de consolation: le titre de "Bienheureux".

Mais mon but n'est pas vraiment de vous parler de Robert d'Arbrissel. Ces quelques lignes servent seulement à mieux comprendre la suite de ma pensée.

En fait, ma réfexion devant le gisant d'Alénor était: Notre société ne serait elle pas devenue complètement synéisaktiste?

En effet, nous sommes en permanence soumis à la tentation, mais si nous n'y succombons pas c'est généralement beaucoup plus à cause du manque de moyens d'y succomber que le résultat d'un  effort sur nous même, car nous ne sommes pas tous, riches, beaux, jeunes, intelligents et sportifs. (Là, je ne parle pas pour moi qui ai été particulièrement gâté par la nature !*)

Syneisaktisme
Syneisaktisme
Syneisaktisme
Syneisaktisme
Syneisaktisme
Syneisaktisme
Syneisaktisme
Syneisaktisme

Nous sommes donc tentés en permanence, mais en même temps mis dans l'impossibilité de succomber à la tentation. Une société ainsi organisée ne court elle pas à sa perte ? Ne risque t-elle pas  à tout moment, l'explosion, la révolte des catégories populaires les plus tenues à l'écart des objets présentés à la tentation, la révolution ?

Pas du tout ! Les dirigeants de nos sociétés contemporaines ont peut-être parfois des orientations morales discutables, mais ce ne sont pas des imbéciles. Ils ont trouvé la parade à la révolte populaire. Ils ont créé des espaces de rêve pour ceux qui ne sont pas obligatoirement riches, pas forcément beaux, pas nécessairement jeunes et seulement sportifs de gradins. Oh, ils n'ont pas eu beaucoup de peine à la trouver car elle existe depuis plus de 2000 ans !

Le latin du peuple romain était moins pur que celui de Cicéron.

Le latin du peuple romain était moins pur que celui de Cicéron.

Celui-ci il est tout neuf.

Celui-ci il est tout neuf.

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

 

* Oui, je sais, c'est très injuste.

(Cet article était juste ma façon de fêter l'inauguration du nouveau stade de Bordeaux.)

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Dominikos
29 avril 2015 3 29 /04 /avril /2015 18:04

Cul et culture.

 

"C'est là que je voudrais des éclaircissements. Vos livres ne sont pas obscurs, mais le mode de lecture en est caché. Vous tracez un chemin, vous allez partout, dans les sciences, dans les mythes, dans la littérature, mais en même temps vous effacez souvent les traces qui mènent à vos résultats." ...

 Bruno Latour s'adresse en ces termes à Michel Serres au début de l'ouvrage publié en 1992 "Eclaircissements" qui suivait "Le Tiers Instruit" publié l'année précédente.

"Pilloter" les fleurs.

Mais que vient faire ce dessin stupide du rat Bakounine et de cette brave tortue dans un article qui commence sur une citation tirée d'un livre de Michel Serres dont la tête aussi bien faite que bien pleine aurait fait au XVIème siècle, sans aucun doute, un ami intime de Montaigne ?

 Michel Serres a publié "Eclaircissements" suite à des remarques qui lui avaient été faites sur son style littéraire. La critique portait sur le fait que sa parole était limpide dans ses interventions orales à la radio ou à la télévision, mais que par contre, ses textes écrits étaient d'une telle densité, croisant parfois plusieurs savoirs, qu'ils étaient d'un abord assez difficile et quelquefois même, obscurs.  

 

Curieusement, je reçois de temps en temps, à peu près les mêmes critiques, ce qui me flatte énormémént et me fait penser avec fierté que je suis le Michel Serres du bistrot !

Par bonheur, mon philosophe Aristogènes est régulièrement sauvé par la présence à ses côtés du rat Bakounine, qui ramène les lecteurs égarés sur les chemins biens balisés de la pensée commune et de la franche rigolade gauloise toujours en vigueur dans les vestiaires sportifs masculins (je n'ai jamais fréquenté les vestiaires féminins, donc je n'ai pas d'avis sur le genre d'humour qui y est pratiqué).

"Pilloter" les fleurs.

Il  est vrai que mes textes passent parfois d'un sujet à un autre, d'une remarque politique à une pensée économique, d'une citation philosophique à une histoire de cul, sans transition, et cela pour deux raisons me semble-til.

D'une part, parceque mon but est d'abord de m'amuser et d'amuser le lecteur. J'ai tellement peu de certitudes sur tous le sujets de société, qu'il me serait bien difficile de prétendre à un objectif pédagogique.

"...depuis le lycée, j'ai toujours été réticent aux théories qui mènent au pouvoir, qu'elles soient politiques ou scientifiques. Je suis angoissé par ceux qui se soumettent à leurs certitudes, je les crois capables de tout, du pire évidement, comme les camps d'extermination, les lobotomies ou l'exclusion sociale."  Boris Cyrulnik - Les âmes bléssées - 2014.

Quand je lis ces lignes, je me sens moins seul.

"Pilloter" les fleurs.

D'autre part, parce qu'il me semble vraiment que depuis l'école nous sommes formés à avoir une pensée cloisonnée. Maths, Français, Arts plastiques, Histoire, Géo, Musique, Sciences physiques, Biologie, Education Physique ...  En réalité, ces "matières scolaires" n'ont-elles pas en commun de faire partie d'un savoir de l'humanité lentement élaboré au cours des siècles passés ?

J'ai toujours été sensible à l'image donnée par Montaigne d'un savoir constitué par de multiples emprunts comme "les abeilles pillottent deça delà les fleurs, mais elles en font après le miel qui est tout leur".

Dès le début du Moyen Age, les "Arts libéraux" divisés en "Trivium" et "Quadrivium" regroupaient plusieurs disciplines:

Le trivium (= triple voie) : grammaire, réthorique , dialectique.

Le quadrivium (= quadruple voie): arithmétique, musique, astronomie, géométrie.

Mais il est vrai que cet enseignement n'avait rien d'un enseignement de masse, comme le notre qui a pour but de former des individus adaptables au système économique qui organise aujourd'hui nos sociétés, et pas des emmerdeurs à l'esprit critique trop développé toujours prêts à contester l'organisation sociale, le système politique, l'économie, et pourquoi pas la religion tant qu'on y est comme ce gros dégueulasse d'Aristophane dont les pièces de théâtre (au Vème siècle av JC) étaient truffées de scènes de sexe et même de scatologie !

Rappelons que les philosophes antiques s'intéressaient à l'ensemble des savoirs et pas uniquement à ce que nous nommons aujourd'hui "philosophie"

 

 

Rose des Arts libéraux  de la cathédrale de Laon. (Image Wikipédia)

Rose des Arts libéraux de la cathédrale de Laon. (Image Wikipédia)

Mon goût pour l'éclectisme vient de m'entraîner vers l'exploration d'un domaine artistique, celui de la peinture, et d'abord celui de la critique car il m'a semblé que j'étais, à l'instar de nombre de mes contemporains, plus doué pour critiquer que pour créer moi même. Cette idée me vint il y a quelques jours en visitant à Cagnes-sur-Mer le domaine des Collettes où est mort le peintre Auguste Renoir en 1919.

Atelier de Renoir

Atelier de Renoir

Autre chevalet et fauteuil de Renoir

Autre chevalet et fauteuil de Renoir

Soudain je remarque sur le chevalet des taches de peintures laissées par Renoir.

 

"Pilloter" les fleurs.

Une question surgit. "Les taches de peintures de Renoir sont elles aussi un Renoir ?"

Comme je devais me rendre ensuite à Saint-Paul-de-Vence,  et que la circulation dans la région est assez merdique, j'ai laissé la question de côté.

 

Autre aventure:

Je visite une exposition ayant pour titre " Les ardoises de Sophie"

http://stephane-loisel.wix.com/-ardoises-sophie

Il s'agit de proposer des oeuvres ayant pour support des ardoises d'écolier (ancêtres préhistoriques de la tablette numérique). Le projet est ouvert à tous même aux débutants.

C'est pour moi ! Je vais participer !

Je compose une oeuvre: La cathédrale de Beauvais. Et puis ce foutu doute qui me prend.

 

"Pilloter" les fleurs.

Ne croyez surtout pas que la vie est facile quand on n'a pas de certitude !

Vous connaissez Tomi Ungerer ? Si vous ne le connaissez pas dépêchez-vous, il est né en 1931.

Vous pouvez aussi vous procurer ce petit livre qui vient d'être publié sur une série de ses dessins.

Le rat Bakoubnne a beaucoup aimé.

"Pilloter" les fleurs.

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

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Dominikos
22 avril 2015 3 22 /04 /avril /2015 11:20

Pensées catholiques

Le titre général est bien "Les baisers, comptez-vous" et non "Les baisés, comptez-vous".

Tout va bien.

Je viens de constater au cours de la semaine passée sur la côte méditerranéenne dans la région de Nice que la mer était toujours d'un bleu d'azur et donc que la Côte d'Azur n'avait pas usurpé son nom. Pas le moindre cadavre d'émigré ne flottait à l'horizon, pas la moindre crotte de chien sur la Promenade des Anglais ou sur le port de Monaco. L'été s'annonce donc sous les meilleurs auspices.

Nice

Nice

Nice

Nice

Monaco

Monaco

Et puis bien sûr, devant l'étalement de tout ce luxe, je me suis mis à penser que de l'autre côté de cette Méditerranée il y avait pendant que je flânais au soleil azuréen, des centaines de pauvres gens entassés dans des rafiots, sortes d'épaves en sursis, victimes des guerres, du terrorisme, de passeurs inhumains ou d'autres misères, qui avaient tels les pauvres andalous du XVIème siècle un rêve d'Eldorado qui pour eux s'appelle l'Europe, et qui étaient prêts à risquer leur vie pour l'atteindre. Je comprends que s'ils on vu de l'Europe, les photos de la promenade des Anglais ou de Monaco, ils croient que le nord de la Méditerranée est l'Eldorado.

Ils se noient par centaines depuis des années (on fait semblant de découvrir le phénomène depuis quelques jours à cause de naufrages plus spectaculaires que la moyenne) mais le flux ne se tarit pas, bien au contraire.

Alors nous, peuples d'Europe, qui mettions en avant au XIXème siècle notre "mission civilisatrice" vis à vis du reste du monde, que faisons nous devant ce drame humain ?

C'est sûrement ce sentiment profond que j'ai d'être catholique qui  ramène toujours ma pensée vers l'ensemble de l'humanité et particulièrement vers sa partie souffrante.

 

Les baisers, comptez-vous.
Les baisers, comptez-vous.
Les baisers, comptez-vous.

Quand je dis que je suis catholique ça veut dire simplement que je me sens appartenir à l'assemblée (en grec "ecclesia" = "Eglise" en français) universelle (catholique) des humains.

Ne bouge pas je vais chercher mon dictionnaire pour t'expliquer plus clairement.

 

Les baisers, comptez-vous.

On sent bien que ce dico a servi. Mais il tient le coup. Il est aussi inusable que la bêtise humaine.

 

Les baisers, comptez-vous.

Là, je sens que c'est clair.

J'en étais donc à songer tristement aux malheureux naufragés en Méditerrannée, quand la lumière de l'espoir vint ranimer ma foi dans l'humanité. Sur le port d'Antibes, de magnifiques bateaux équipés spécialement pour le sauvetage des embarcations en péril, étaient accostés prêts au départ pour leur mission humanitaire.

 

Yacht privé sur le port d'Antibes

Yacht privé sur le port d'Antibes

Yachts de luxe, avec ouverture sur les flancs permettant la mise à l'eau (en moins de temps qu'il n'en faut à un dauphin pour perpétuer son espèce), depuis une cale servant de garage à bateaux, de vedettes rapides et d'une armada de jet skis fort utiles pour porter secours en urgence aux naufragés tombés à la mer.  

Quelques instants plus tard un marin pêcheur qui passait par là m'a expliqué que ces somptueuses embarcations n'étaient simplement que des navires de plaisance  qui servaient de jouets de luxe à leurs riches propriétaires.

Démoralisé, j'ai quitté le port et je suis allé manger une "socca" chez Jules (8 rue Thuret - Antibes - pub gratuite) en pensant que les propriétaires de ces palaces flottant se disaient peut-être eux aussi catholiques ?

Nous ne devons pas être catholiques de la même façon !

 

Pour terminer sur une note joyeuse, une petite lecture sur le baiser, moins catholique qu'il pourrait le sembler à première vue puisque d'après l'auteur cette pratique ne serait pas absolument universelle.

Les baisers, comptez-vous.
Les baisers, comptez-vous.

Bises à tous.

 

Correspondance : aristogenes@aliceadsl.fr

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Dominikos

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