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6 février 2015 5 06 /02 /février /2015 10:00

...c'est pas vraiment drôle.

En août 2008 j'écrivais un article dont le titre était "Peut-on rire de tout ?"

A cette époque j'avais très peu de lecteurs et les textes de mes articles étaient assez longs. Depuis je me suis adapté aux remarques de ceux qui dès que le texte dépasse trois ou quatre lignes sans image, renoncent à la lecture et ne regardent que les dessins.

Sans doute qu'il faut vivre avec son temps comme me l'écrivait  il y a peu une lectrice. Mais si vous avez quelques minutes à perdre pourquoi ne pas y revenir ? J'ai été moi même surpris en le relisant, j'en avais totalement oublié le contenu.

http://ampelosophisme.over-blog.com/page/22

(L'article est vers le bas de la page 22)

Rire avec Bergson...

Un peu lassé par les divers commentaires sur l'humour entendus ça et là depuis le 7 janvier de la part de gens qui ont des opinions sur tout et des connaissances sur pas grand chose, je suis reparti à la rencontre d'Henri Bergson dont j'avais sûrement laissé tomber la lecture depuis ... le milieu des années 60 ?

Henri Bergson: (1859 - 1941)

Henri Bergson: (1859 - 1941)

J'avoue volontiers que Bergson est moins drôle qu'Aristophane. Pourtant son ouvrage le plus connu et semble-t-il le plus lu n'est pas, "Essai sur les données immédiates de la conscience" ni "L'évolution créatrice", ni "Les deux sources de la morale et de la religion", ouvrages dont les titres sont à peine plus aguichants que ceux des romans de mon ami Philippos (Philippe Couillaud que je vous ai présenté ici à plusieurs reprises et dont la dernière publication s'intitule: "Léonard ou les odonymes du cancer"). Le Best-seller ( ="succès d'édition" en langue vulgaire, c'est à dire en français !!!) de Bergson est bien entendu: "Le rire".

Je vous livre le dernier paragraphe de l'ouvrage. (Pour ceux qui trouvent ça trop long allez voir un peu plus loin il y a des dessins !)
 

"C’est ainsi que des vagues luttent sans trêve à la surface de la mer, tandis que les couches inférieures observent une paix profonde. Les vagues s’entre-choquent, se contrarient, cherchent leur équilibre. Une écume blanche, légère et gaie, en suit les contours changeants. Parfois le flot qui la fait abandonne un peu de cette écume sur le sable de la grève. L’enfant qui joue près de là vient en ramasser une poignée, et s’étonne, l’instant d’après, de n’avoir plus dans le creux de la main que quelques gouttes d’eau, mais d’une eau bien plus salée, bien plus amère encore que celle de la vague qui l’apporta. Le rire naît ainsi que cette écume. Il signale, à l’extérieur de la vie sociale, les révoltes superficielles. Il dessine instantanément la forme mobile de ces ébranlements. Il est, lui aussi, une mousse à base de sel. Comme la mousse, il pétille. C’est de la gaîté. Le philosophe qui en ramasse pour en goûter y trouvera d’ailleurs quelquefois, pour une petite quantité de matière, une certaine dose d’amertume."

(C'est moi qui écrit les dernières lignes en caractères gras)

 

Une des questions dont je cherche la réponse est: peut-on faire de l'humour sans offenser personne ? Et celle qui me vient à la suite est: l'humour ne doit-il pas être nécessairement caustique, c'est à dire être une sorte d'aiguillon psycho-social ? Ne doit-il pas avoir un petit goût d'amertume, pour reprendre le mot du philosophe ?

 

Pour ma part , j'aurais envie de dire à priori, qu'il est possible de faire de l'humour sans offenser (presque) personne.

Rire avec Bergson...

Mais poursuivons notre étude.

Comment Bergson aborde-t-il le sujet ?

Il développe son argumentation en trois points.

1 - Le rire est nécessairement humain.

On rit des gens, pas des objets. Dans "Le gros dégueulasse" de Reiser ce n'est pas le calbute mais le personnage qui est risible. ...quoi que ...

Rire avec Bergson...

2 - Le rire est purement cérébral.

Être capable de rire exige un certain détachement, une certaine  distance émotionnelle par rapport au personnage qui est censé déclencher le rire. C'est là à mon idée que ça commence à coincer !

Explication scientifique:

Coupe de deux cerveaux

Rire avec Bergson...
Rire avec Bergson...

Je pense que c'est assez clair comme ça ? On voit nettement sur les images produites par IRM (Imagerie Relativement Merdique) comment la structure interne du cerveau est modifiée en fonction de l'environnement socio-culturel et de l'éducation d'un individu.

 

3 - Le rire a une fonction sociale.

Pour comprendre le rire il faut le replacer dans son contexte naturel qui est la société, et nous devons essayer de déterminer son utilité sociale. "Le rire doit répondre à certaines exigences de la vie en commun. Il doit avoir une signification sociale".

Rire avec Bergson...

Mais si comme le pense Bergson, le rire à une fonction sociale, il est tout à fait normal que l'humour qui le déclenche appuie parfois à un endroit particulière sensible de l'individu moqué, et provoque chez ce dernier une certaine "amertume" ou plus encore selon l'intensité et la puissance du trait d'humour.

 

Rire avec Bergson...

Conclusion:

1 - Réfléchir sur le rire et les mécanismes du rire n'a rien de très drôle.

2 - Alors que l'opinion généralement admise serait plutôt de dire que rire est un comportement naturel de l'homme, il s'avère après réflexion que si le rire est naturel, le sens de l'humour s'apprend, comme pour chacun de nous sa langue maternelle, ou comme la recette de la garbure béarnaise (1). Dans la culture occidentale la tradition d'une ironie impertinente vis à vis du pouvoir politique, religieux, ou même des dieux remonte au moins à Aristophane. (Voir les travaux du philosophe britannique Paul Grice dans le domaine de la linguistique)

3 - Dans le "village planétaire" (ou "village global" selon l'expression de Marshall Mc Luhan - 1911 - 1980)  qui est bien la réalité du monde contemporain, les informations circulent et se croisent à une vitesse des millions de fois supérieure à celle d'un pet d'anguille glissant sur une toile cirée. Or les productions humoristiques (caricatures, blagues, photos détournées...) sont d'abord des messages, et ces messages sont décodés par chacun en fonction de sa langue, sa culture, son éducation. Tant que le message (le dessin, la blague) reste dans un milieu culturellement homogène, il n'y a pas, ou peu de problèmes. Mais nous vivons aujourd'hui dans un village global. On peut toujours le regretter, penser que "c'était mieux avant" mais la mondialisation est devenue la réalité quotidienne.

Alors ?

Alors, on va peut-être s'arrêter là et prendre le temps de réfléchir ?

(1) Vous pouvez remplacer dans cette phrase "garbure béarnaise" par "potée auvergnate" ou "flamenkuche alsacienne" sans que ça change profondément l'idée générale exprimée dans ce 2ème point.

Rire avec Bergson...
Rire avec Bergson...
Rire avec Bergson...

Correspondance: aristogenes@aliceadsl.fr

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